The Outer Limits

Vous vous souvenez de ce show télé des années 60.

Il commençait avec une musiquette insistante et un commentaire du genre « N’éteignez pas votre téléviseur.. vous venez de pénétrer dans… La 4e dimension ». (The Outer Limits en VO)

C’est un peu ce qui m’est arrivé dimanche. J’ai dû prendre un mauvais tournant dans le couloir entre mon séjour et les toilettes, et ouf, avant même de m’en rendre compte, j’avais pénétré dans un monde régi par des lois subtilement différentes de celles qui président à notre vie de tous les jours.

Ça a commencé par un banal dîner, que j’avais repoussé deux ou trois fois déjà , plus moyen d’y échapper ; même si l’ami qui m’avait invité est une personne plutôt agréable, je n’avais pas spécialement envie de passer une soirée à l’extérieur. D’autant que mon attention était réclamée par ailleurs et pour des choses plus importantes à mes yeux. quoi qu’il en soit, je me résigne à faire bonne figure, et à l’heure dîte sonne à la porte de mon hôte.

Pour mettre les choses dans le contexte, il faut savoir que je le connais depuis quelques mois, nous partageons un certain nombres de centres d’intérêts comme la SF en général, et le cinéma en particulier. Quoi qu’il en soit, nous dînons en devisant agréablement, quand, sorti de nulle part, j’apprend qu’il est gravement malade (sans qu’il me spécifie la nature de la maladie, mais elle réclame une petite boite bleue dans laquelle on range les pilules à prendre à des heures précises). Et un peu plus tard, que son ex-petite amie était une transexuelle. Bon, pourquoi pas…

Bref, la soirée se finit tranquillement, je rentre chez moi, le lendemain matin je dois prendre un train à neuf heures, il est deux heures du matin. Mais je n’ai désespérément pas sommeil (insomnies, insomnies, chapitre trois). Allons peut-être y a-t-il moyen de croiser certaine brebis, c’est improbable, mais je me connecte tout de même. Pas de brebis, mais une paire d’amis. Et me voilà parti à tailler une bavette. Avant que je réalise il est déjà six heures du matin, plus vraiment la peine d’aller dormir, sinon il est clair que je vais louper mon train…

Je continue donc à discuter, et vers huit heures me décide à sortir. Evidemment il fait un froid de loup dehors, je n’ai pas dormi, mon système sanguin doit probablement charrier plus de caféïne que d’oxygène. Gare St-Lazare, foule des trains de banlieue qui se déverse en plein face à moi qui me dirige à contre-courant. Je parviens à prendre mon ticket et à monter dans le train a l’heure dite. Miracle il y a même un wagon fumeur. m’installe en me disant que je vais essayer de faire une petite sieste, le temps d’arriver à Rouen. Peine perdue, derrière moi trois types débattent des mérites de leurs équipes de foot respectives avec une passion qu’on ne rencontre habituellement que chez les révolutionnaires en pleine émeute.

Débarque à Rouen, passe droit sous le nez de la personne venue me chercher sans la voir (on se connait depuis 4 ou 5 ans tout de même, on a travaillé ensemble à 2 bureaux d’écarts, déjeuné et diné des douzaines de fois, non, rien pas reconnue, pas vue, droit devant moi j’avance. je sais je suis un robot et j’ai pété un circuit).

Bon je dois installer ce foutu réseau, je pointe ma petite checklist après un café et les salutations d’usage (bonjour comment allez-vous ? Moi ? Je suis en pilotage automatique, ne me demandez pas comment je vais je risquerai de répondre). Premier petit miracle, il ne manque rien au matériel nécessaire, pas le moindre petit câble oublié; les pilotes logiciels sont sur des cd, chacun proprement étiqueté et rangé, même les câbles déjà branchés sur les machines existantes portent un label aux deux extrémités.

L’ennui ce sont les machines, virusées, kazzatées, et de manière générale en plein foutoir. Quelle données dois-je prendre la peine de préserver ? Aucune ? formidable. Même pas la recette de la soupe aux choux là ? Non même pas. Ouf ! on peux faire simple, formatage, installation de frais et clonage, c’est long mais c’est propre. Ah la connexion ADSL est chez untel et le modem vient de chez ailleurs et y’a pas les drivers séparés, faut utiliser le kit de ailleurs. M’étonnerais que ça marche avec la liaison de untel va y’avoir une incompatibilité ? Eh bien non, ça fonctionne.

A ce point je commence sérieusement à concevoir des soupçons : ce train que j’ai pris ce matin, il était vraiment sur le quai ? Je ne serais pas passé à travers un poteau en béton massif pour me retrouver par erreur dans un autre qui ne m’était pas destiné ?

J’avance doucement, test de l’imprimante. Ah zut, plus d’encre, je le savais, y’allait y avoir un truc pénible… Eh non, ils ont de l’encre en avance! Au secours je suis tombé dans un trou du continuum spatio-temporel !

Douzième café, pas le moindre plantage sur la moindre machine et j’ai fini, il est dans les 20 heures, je relance tout de zéro, pour vérifier. Ca démarre, lentement mais ça démarre, la connexion se fait, les partages s’établissent, tout fonctionne et l’on vient même de me glisser discrètement une petite enveloppe, ce qui m’évite l’inconfort de demander ma juste rétribution… Crash course sur la manière dont j’ai installé, o๠trouver quoi et dans quel ordre faire les choses pour ne pas avoir d’ ennui. Non seulement ils ont l’air de comprendre, mais en plus ils prennent des notes. Ces gens sont autres c’est sûr. Vais-je réussir à m’échapper ?

Retour en voiture, le chauffage fonctionne, dehors il gèle, dans l’auto je pourrais confortablement m’assoir en chemise hawaïenne et short à fleurs si c’était mon genre. Mon chauffeur qui sait que je n’ai pas dormi ne m’adresse pas la parole et me laisse gentiment sommeiller durant l’heure de trajet, me dépose devant ma porte. Escalier… Porte, clés, jeter le sac. Dieu que j’ai sommeil. Mais je veux voir quand même si par hasard je ne peux pas saluer rapidement une certaine personne. Ouvrir la session, je me débarrasse de ma veste pendant ce temps là … Hors ligne. Dommage mais tant pis : Morphée, j’arrive !

Fondu au noir, réveil tout à l’heure, café… ai-je refranchi la frontière dans l’autre sens ?