Qui a dit un blog consacré au ciné ?

Evidemment, je vois beaucoup de films, et il me démange de parler de certains, C’est vrai que là, je viens d’en commenter trois de suite, et qu’il y en aura surement d’autres au fil du temps. (et c’est vrai que dans les liens sur le côté, pas mal d’entre eux sont consacrés au cinoche. Bon, et alors. J’aime ça. Trop sans doute. À la fête du cinéma, je suis à peu près capable de passer d’une salle à l’autre depuis la première jusqu’à la dernière séance trois jours de suite.

C’est du reste assez marrant. Essayez de voir dix films d’affilée, laissez passer 24 heures et voyez ce qui surnage. Avec de la chance, vous vous souviendrez d’un, peut-être de deux. Et si vous n’avez pas de bol, vous vous serez enfilé une suite de nanars sans intérêt qui n’auront eu d’autre résultat que de vous faire exploser le budget aspirine.

À propos de nanars, j’en ai récemment vu un paquet. Je les sépare en deux catégories, les franchement insauvables, et les marrants par inadvertance. Il va sans dire que ma préférence va à ces derniers, mais curieusement, je n’ai rien vu de recommandable ces temps derniers. (Et j’ai vu un paquet de grosses bouses dont l’innommable 88 minutes. (pourtant sur le papier ça promettait : Jon Avnet à la réalisation, Al Pacino dans le rôle principal, eh bien non, c’est plat, fade, ennuyeux, mal filmé, monté avec un ciseau à ongles rouillé, pas palpitant pour deux sous : n’y allez pas, moi en tous cas je suis bien content de ne pas avoir payé ma place. En plus c’est de la pub mensongère, le film dure 110 minutes, au moins 22 minutes de trop. Si vous me croyez pas vous pouvez aller voir la critique sur Mcinema. Ils lui donnent deux étoiles, je les trouve bien gentils)

Et merde voilà que je recommente un autre film, au fil d’une digression, m’enfin bon. To be continued…

Fired!, une autre petite perle vue ce week-end

Fired!Dans la série les films que vous n’irez pas voir au ciné, Fired! a peut-être une petite chance de sortir en France (encore que si l’on en croit la fiche allocine.fr du film, cette chance soit des plus réduites. Rassurez-vous bon peuple, amazon est là pour vous faire découvrir cette petite perle documentaire. (à vrai dire il vous faudra patienter jusqu’au 5 juin, date de sortie officielle du DVD (zone 1) et si vous êtes trop impatients, vous pouvez toujours le chercher… ailleurs mais je vous ai rien dit).

Quoiqu’il en soit, le film commence avec sa scénariste, Annabelle Gurwitch, se faisant virer de la production d’une pièce par Woody Allen (dont je ne vais pas vous faire l’injure d’inclure un lien vers sa fiche IMDb, faut pas pousser), et plutôt que de sombrer dans la dépression notre héroïne décide d’en tirer une expérience positive. Elle commence à interroger autour d’elle ses amis comédiens, et bientôt en tire un spectacle (joué à L/A., repris à New York, annuellement avec de nouveaux intervenants), qui deviendra un livre, puis plus tard ce film.

On s’est tous fait virer un jour ou l’autre, d’une manière plus ou moins propre, plus ou moins drôle. Tout le monde est à même de ressentir ce que raconte les personnes dans ce film, parce que la même chose nous est arrivé. Mais quoique qu’amusant cette satire ne se limite pas à ça. Certaines interviews font froid dans le dos. On en apprend ainsi davantage sur les méthodes utilisées par les gens dont c’est le métier de virer les autres, voire le métier de les virer et de les rendre heureux de l’être. Ça laisse à penser…

Il y a des films qui mériteraient mieux

Poster Find LoveJe viens de voir Find Love, un film indépendant, réalisé par Erica Dunton.

Le scénario n’est pas sans rappeler celui de Brève Rencontre, un classique du genre. Deux parfaits étrangers se croisent dans une salle d’attente d’aéroport, et tombent amoureux l’un de l’autre.

Mais là où le film de David Lean avait obtenu la palme à Cannes en 1945, Find Love lui, a été présenté dans deux festivals (le Slamdance Film Festival en janvier 2006 et le RiverRun Festival en mars de la même année), puis est sorti directement en DVD au Canada. Encore une chance, cette sortie en DVD, parce que sinon, il aurait pu connaître le sort de, par exemple The pornographer : a love story, un film avec quand même Irène Jacob et Martin Donovan, qui lui, n’a même jamais eu les honneurs du STV (straight to video), et doit prendre la poussière quelque part sur les étagères d’une maison de production.

Comme quoi, même un bon casting, n’assure pas forcément la distribution. Et c’est ce qui m’agace. Ici, nous avons un petit film indépendant, avec une histoire émouvante, les émotions des personnages parfaitement capturées, une manière de filmer et de monter le film tout à fait agréable, et quelque part, des financiers décident que non, ce film ne vaut pas une sortie en salle, ni même une distribution en DVD internationale. Chaque année, ce sont le temps et les efforts, les espoirs de milliers de gens qui ont travaillé dur à la réalisation d’un film, qui partent ainsi en fumée.

En attendant, si vous voulez voir ce film là, vous pouvez le trouver sur amazon.ca et nulle part ailleurs. (bon j’admets que vous puissez aussi le trouver ailleurs mais ne comptez pas sur moi pour vous donner l’adresse exacte…)

Mes yeux ne sont plus en face de leurs orbites

Catch and releaseRegardé Catch And Release l’autre soir. Comédie dramatique de bonne facture, avec des gens comme Kevin Smith. J’ai plutôt passé un bon moment. Sauf que, pour une raison quelconque, je n’avais absolument pas regardé le cast, ni le générique de début. Résultat, j’ai passé tout le film à apprécier la prestation d’Hillary Swank, dans le rôle de Gray, interprété en fait par Jennifer Garner. Bon d’accord, elles ont un air de famille, mais entre Swank (Boy’s don’t cry un des films les plus bouleversants de ces dix dernières années, si si, et si vous n’êtes pas d’accord vous n’êtes que poussière à mes yeux) et Garner (Elektra une grosse daube de troisième zone, circulez, y’a rien à voir à part la plastique de l’héroïne), y’a quand même deux poids deux mesures.

Quoiqu’il en soit, Jenniffer Garner, dans ce film tout au moins, prouve qu’elle peut être une actrice de bon niveau

À noter, Juliette Lewis, dans un second rôle tout à fait croustillant. Une actrice comme je les aime.

Petit Déj.

Tous les matins, je me lève. Embrumé. Direction la cuisine. Gestes automatique, placard, filtre, frigo, café, évier eau, bouton. Le radar fonctionne a plein régime, le cerveau n’a pas encore démarré. Détour salle de bain, le café coule, la chasse d’eau aussi. Retour dans la chambre, rafler le paquet, le briquet, sortir la cigarette, la porter à la bouche, allumer, inspirer la première bouffée avidement. Un oeil daigne lever une paupière, ou du moins prendre conscience qu’il voit. Cuisine encore, sortir une mug, verser le café. C’est noir, chaud… Première gorgée. Le cerveau démarre enfin, mes deux yeux sont ouverts. J’existe.

Repose en paix tonton

27 décembre 1996. Il gèle à pierre fendre, j’effectue mon pélerinage annuel chez mes parents, mon ticket de présence obligatoire pour les fêtes de fin d’année. Il faut dire que je ne suis pas très « famille ». Un coup de téléphone une fois de temps en temps aux plus proches, suffit à mon bonheur. En vérité, moins je les vois mieux je me porte.

Quoiqu’il en soit, c’est bel et bien l’hiver cette année là , comme on n’en avait pas connu depuis longtemps, et, ce soir du 27 décembre, le téléphone sonne. C’est ma mère qui réponds et revient, blanche. « Jean est mort », nous annonce-t-elle, à son mari et a moi, « on l’enterre après-demain ».

Jean, c’était mon oncle, un oncle un peu lointain, que je n’avais pas revu depuis des années. Il avait navigué jadis, dans la marine marchande, et ses histoires de terres lointaines ravissaient le gamin qui passait souvent des jeudi chez sa tante. Je l’aimais bien le vieux bougre, et sa mort soudaine m’avait attristé, mais, n’eussé-je été chez mes parents à ce moment là, je ne me serais probablement pas déplacé pour l’enterrement.

Là toutefois, pas moyen d’y couper. Mes parents me le reprocheraient indéfiniment, et, puisque je suis-là , force m’est donc de les accompagner. Nous voilà donc partis au matin, dans leur auto, en route pour Le Havre, berceau de la famille, par une température à geler un ours polaire et des petites routes verglacées au possible. Je vous passe les détails du trajet, qu’il suffise de dire qu’il fut long.

Mon oncle Jean, sa femme décédée depuis plusieurs années avait rencontré quelqu’un et refait sa vie avec elle. Une femme charmante au demeurant, gentille, avenante, mais qui aux yeux de ma mère (et à ceux du reste de la famille) n’était qu’une vile usurpatrice. Manque de chance, de toute la famille, seule Jo, son surnom, pouvait nous loger tous les trois. Du moins c’est ce que nous apprenons lorsqu’arrivés en fin d’après-midi, nous nous rendons au funérarium où le corps de l’oncle est exposé. Ni Anne, ni Jean-Pierre, mes cousins n’ont de place, vivant l’un et l’autre dans des appartements exigus. Quant aux autres membres de la famille, nos liens sont par trop distendus pour même songer à leur poser la question.

Chacun notre tour, nous défilons dans cette petite salle plongée dans la pénombre, aux murs tendus de velours violet. L’oncle repose dans un cercueil découvert. Lorsque c’est mon tour, j’ai du mal à reconnaitre dans ce cadavre endimanché, aux joues flasques, le bonhomme souriant, parfois bougon, toujours fagoté comme l’as de pique de mon enfance. Ce n’était pas le premier cadavre que je contemplais, mais celui là avait un je ne sais quoi de triste.

L’enterrement était prévu le lendemain matin, à 8 heures, cérémonie à l’église, suivie de l’inhumation dans le cimetière de Graville, une banlieue havraise, perchée sur une colline, qui surplombe les premiers abords de la zone industrielle. Nous convenons donc de nous retrouver tous à l’église, le lendemain matin. Quant à nous trois, mon beau-père, ma mère et moi, nous suivons Jo jusque chez elle.

Avec le recul, je me dis que c’est sans doute au dîner que le glissement vers le grand n’importe quoi a commencé. Ma mère, furieuse de se retrouver dans cette maison qu’elle considérait comme celle de sa sœur, occupée par Jo, qui faisait pourtant tous les efforts possibles, malgré son chagrin évident, pour se montrer une hôtesse agréable, ma mère donc glissait à Jo des regards assassins, et chuchotait des remarques vipérines lorsque la pauvre femme s’absentait à la cuisine. Habitué quant à moi à ces explosions de rancœur, motivées ou non, je n’y prêtais guère attention, sinon pour plaindre en mon for intérieur cette femme qui, non contente d’avoir perdu son compagnon, devait en outre supporter sa famille. La seule note un peu agréable pour moi de la soirée fut que je retrouvais la chambre qu’on m’attribuait dans mon enfance, et put me replonger dans les Tintin qui m’avaient alors tenu compagnie. Une petite plongée dans une nostalgie attendrie.

Le matin venu, nous nous rendons donc à l’église où une petite collection de proches et d’amis de l’oncle fait déjà le pied de grue devant la porte encore close. Salutations, échanges de banalités sur le temps, un joli -10°C qu’on avait pas vu depuis bien des années, échanges de nouvelles… Huit heures arrivent et passent, l’église n’ouvre pas ses portes. Je discute avec Jean-Pierre, mon cousin, de ses activités du moment, m’enquiers d’Anne, sa sœur, personne ne semble savoir où elle se trouve. Le temps passe encore un peu, nous battons la semelle, et avec une bonne vingtaine de minutes de retard, les portes de l’église s’ouvrent enfin pour nous accueillir.

La première chose que nous apprenons, c’est qu’il n’y aura pas de cérémonie religieuse à cause des fêtes de fin d’années, le curé est parti aux sports d’hiver, il n’y en a pas de disponible pour le remplacer. L’office sera donc laïque. La moitié de ma famille étant un ramassis de grenouilles de bénitiers, cul et chemise avec les curés, l’autre moitié sinon dévote, du moins respectueuse des traditions, ça murmure sec dans les travées. Et la cérémonie ne peut pas commencer, Anne la fille ainée du défunt n’est toujours pas arrivée.

Renseignement pris, elle est en route, elle ne pouvait au dernier moment se décider à choisir la robe qui conviendrait le mieux. Patience donc, encore ; trente minutes de patience, enfin trente minute d’impatience où les langues se délient dans des murmures peu flatteurs à l’égard de cette fille indigne, plus préoccupée de sa toilette que de la mort de son père. Remarques d’autant plus assassines que l’église est glaciale. Enfin la belle fait son entrée, et il est vrai qu’elle a soigné sa tenue, ses talons résonnent sur le sol pavé lorsqu’elle remonte l’allée, majestueuse, en tenue de grand deuil et de grand prix, pour prendre place au premier rang.

La cérémonie se passe, collection banales de souvenirs du défunts déclamés maladroitement par des gens qui lisent sur des bouts de papiers griffonnés à la hâte. Le tout est vite expédié, et l’on devine une sorte de contentement dans l’assemblée à l’idée que ce sera bientôt terminé. Ne reste qu’à mettre le bonhomme en terre et chacun pourra s’en retourner à ses occupations. La procession de voitures s’organise, les portières claquent, et en route vers le cimetière de Graville, ce joli cimetière, perché sur une colline. Et c’est là que le bât blesse : la route qui y monte, la seule route, est très raide, en lacets et pavée tout du long. Et les pavés sont couverts d’une épaisse couche de verglas. Le corbillard dérape, les voitures suiveuses aussi. Le Havre, ce n’est pas la montagne, on n’y a pas l’habitude d’avoir des chaînes dans le coffre. De dérapages en reculades, de reculades en grondement de moteurs surchauffés, nous mettons presque une heure pour parvenir au sommet de la colline et pénétrer, enfin, dans le cimetière.

Le corbillard s’avance jusqu’à l’emplacement désigné de la tombe. Tout le monde descend de voiture et s’approche. L’on voit l’employé des pompes funèbres en grande discussion avec un homme en tenue de travail. Il n’a pas l’air content, furieux même. Néanmoins, très professionnel, il reprend un air compassé pour venir vers nous et nous annoncer que non, l’on ne peut pas enterrer l’oncle tout de suite. La terre, gelée est bien trop dure pour qu’on puisse la creuser et le trou n’est pas fait. Un bulldozer va venir, mais avec la route, vous avez vu, il y en a bien pour deux heures, si nous pouvions être assez gentils pour revenir à ce moment là…

Retour dans les voitures, claquements de portières, et redescente de la colline, prudente la redescente, qu’on venait juste de grimper à grand peine. Tout le monde se retrouve chez un membre de la famille, j’ai oublié qui, pour une boisson chaude et patienter encore un peu, le temps que les pompes funèbres trouvent le moyen de vaincre les éléments. Et c’est là que, le bonhomme pas encore enterré, ses enfants commencent à se disputer sur le partage des biens du pauvre oncle. Le ton monte, Anne, âpre, hurle presque que non, ça c’est à elle, c’est elle qui.. Jean-Pierre rétorque que… dans le silence gêné et ahuri des autres participants. Dans un coin, Jo pleure doucement. La dispute se calme, le frère et la sœur, se rendant compte peut-être de l’indécence de leur comportement, mais se jetant toutefois des regards haineux à la moindre occasion. L’heure vient finalement de retourner au cimetière, et la procession se réorganise, la colline se regrimpe, avec les mêmes difficultés que précédemment, nouveaux dérapages, arrêts, redémarrages et jurons.

L’employé des pompes funèbre nous accueille cette fois presque avec le sourire, on sent que son emploi du temps a été bouleversé par cet imprévu, il est pressé, content de nous voir là à l’heure dite. De la petite foule de l’église, il ne reste que la famille proche. Le laïque, maître de la cérémonie à l’église est revenu lui aussi, prononce quelques mots. Le cercueil s’enfonce dans le trou, chacun notre tour on y jette une poignée de terre. Voilà , ça y est. Enfin. Repose en paix tonton.

Une escapade

C’était il y a quelques années, le Jardin des Plantes et le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris étaient alors pauvrement dotés, et nombre des bâtiments qui font aujourd’hui leur fierté étaient laissés purement et simplement à l’abandon dans l’attente d’une réfection (quoique entièrement barricadés et impossibles à approcher).

Or, dans une rue adjacente, un immeuble se construisait. Le chantier, quoique fermé au public, n »était pas bien difficile à pénétrer, et il se trouve qu’un des amis parmi le petit groupe que nous constituions alors avait, je ne saurais dire comment, découvert qu’au cours des travaux les ouvriers avaient partiellement démoli un mur mitoyen entre le terrain de l’immeuble et les terrains fermés du musée.

Et voilà donc qu’un soir de goguette, nous escaladons la palissade du chantier, nous glissons dans le futur parking, avant que de remonter par un échafaudage de l’autre côté, pour nous glisser enfin dans l’étroite ouverture pratiquée dans un mur de briques et nous retrouver, sous la pleine lune d’un magnifique mois d’août, en terrain découvert, dans les jardins fermés au public du musée.

Nous étions quelque chose comme sept ou huit et commençâmes à nous égailler dans toutes les directions, gloussant, riant à qui mieux mieux, heureux de braver un interdit, enivrés par l’odeur de l’herbe fraîche et quelques bières joyeusement englouties. Bientôt, irrésistiblement nous dirigeâmes tous nos pas vers le même endroit. Un grand bâtiment comme une serre, probablement construit vers la fin du 19e siècle, tout de verre et de bronze verdi par le temps, échoué là comme une cathédrale oubliée de ses fidèles.

Nous y pénétrâmes, toujours chahuteurs, ébahis par le foisonnement de plantes exotiques, de fougères arborescentes, de cactus cierges, de lierres grimpant à l’assaut des montants. Et là , au milieu, les restes d’une baleine. Le squelette du béhémoth luisant doucement sous les rayons pâles de la lune nous imposa à tous un silence ébahi. Une sorte de respect, de tristesse aussi pour le destin de ce monstre, échoué à jamais loin des océans qu’il parcourait jadis librement. Nous finîmes la nuit à l’ombre de ces ossements, dans des conversations chuchotées.

Au petit matin, avant que les ouvriers n’arrivent, nous repartîmes par où nous étions venus et nous séparâmes pour rentrer chez nous. Curieusement, ce devait être la dernière fois où nous nous trouvions tous réunis. Aujourd’hui, le jardin a été rénové, le squelette de la baleine est toujours là . Je suis retourné le voir, il est toujours impressionnant, mais la magie qu’il dégageait dans cette serre à l’abandon sous la pleine lune est elle à jamais enfuie.

The Outer Limits

Vous vous souvenez de ce show télé des années 60.

Il commençait avec une musiquette insistante et un commentaire du genre « N’éteignez pas votre téléviseur.. vous venez de pénétrer dans… La 4e dimension ». (The Outer Limits en VO)

C’est un peu ce qui m’est arrivé dimanche. J’ai dû prendre un mauvais tournant dans le couloir entre mon séjour et les toilettes, et ouf, avant même de m’en rendre compte, j’avais pénétré dans un monde régi par des lois subtilement différentes de celles qui président à notre vie de tous les jours.

Ça a commencé par un banal dîner, que j’avais repoussé deux ou trois fois déjà , plus moyen d’y échapper ; même si l’ami qui m’avait invité est une personne plutôt agréable, je n’avais pas spécialement envie de passer une soirée à l’extérieur. D’autant que mon attention était réclamée par ailleurs et pour des choses plus importantes à mes yeux. quoi qu’il en soit, je me résigne à faire bonne figure, et à l’heure dîte sonne à la porte de mon hôte.

Pour mettre les choses dans le contexte, il faut savoir que je le connais depuis quelques mois, nous partageons un certain nombres de centres d’intérêts comme la SF en général, et le cinéma en particulier. Quoi qu’il en soit, nous dînons en devisant agréablement, quand, sorti de nulle part, j’apprend qu’il est gravement malade (sans qu’il me spécifie la nature de la maladie, mais elle réclame une petite boite bleue dans laquelle on range les pilules à prendre à des heures précises). Et un peu plus tard, que son ex-petite amie était une transexuelle. Bon, pourquoi pas…

Bref, la soirée se finit tranquillement, je rentre chez moi, le lendemain matin je dois prendre un train à neuf heures, il est deux heures du matin. Mais je n’ai désespérément pas sommeil (insomnies, insomnies, chapitre trois). Allons peut-être y a-t-il moyen de croiser certaine brebis, c’est improbable, mais je me connecte tout de même. Pas de brebis, mais une paire d’amis. Et me voilà parti à tailler une bavette. Avant que je réalise il est déjà six heures du matin, plus vraiment la peine d’aller dormir, sinon il est clair que je vais louper mon train…

Je continue donc à discuter, et vers huit heures me décide à sortir. Evidemment il fait un froid de loup dehors, je n’ai pas dormi, mon système sanguin doit probablement charrier plus de caféïne que d’oxygène. Gare St-Lazare, foule des trains de banlieue qui se déverse en plein face à moi qui me dirige à contre-courant. Je parviens à prendre mon ticket et à monter dans le train a l’heure dite. Miracle il y a même un wagon fumeur. m’installe en me disant que je vais essayer de faire une petite sieste, le temps d’arriver à Rouen. Peine perdue, derrière moi trois types débattent des mérites de leurs équipes de foot respectives avec une passion qu’on ne rencontre habituellement que chez les révolutionnaires en pleine émeute.

Débarque à Rouen, passe droit sous le nez de la personne venue me chercher sans la voir (on se connait depuis 4 ou 5 ans tout de même, on a travaillé ensemble à 2 bureaux d’écarts, déjeuné et diné des douzaines de fois, non, rien pas reconnue, pas vue, droit devant moi j’avance. je sais je suis un robot et j’ai pété un circuit).

Bon je dois installer ce foutu réseau, je pointe ma petite checklist après un café et les salutations d’usage (bonjour comment allez-vous ? Moi ? Je suis en pilotage automatique, ne me demandez pas comment je vais je risquerai de répondre). Premier petit miracle, il ne manque rien au matériel nécessaire, pas le moindre petit câble oublié; les pilotes logiciels sont sur des cd, chacun proprement étiqueté et rangé, même les câbles déjà branchés sur les machines existantes portent un label aux deux extrémités.

L’ennui ce sont les machines, virusées, kazzatées, et de manière générale en plein foutoir. Quelle données dois-je prendre la peine de préserver ? Aucune ? formidable. Même pas la recette de la soupe aux choux là ? Non même pas. Ouf ! on peux faire simple, formatage, installation de frais et clonage, c’est long mais c’est propre. Ah la connexion ADSL est chez untel et le modem vient de chez ailleurs et y’a pas les drivers séparés, faut utiliser le kit de ailleurs. M’étonnerais que ça marche avec la liaison de untel va y’avoir une incompatibilité ? Eh bien non, ça fonctionne.

A ce point je commence sérieusement à concevoir des soupçons : ce train que j’ai pris ce matin, il était vraiment sur le quai ? Je ne serais pas passé à travers un poteau en béton massif pour me retrouver par erreur dans un autre qui ne m’était pas destiné ?

J’avance doucement, test de l’imprimante. Ah zut, plus d’encre, je le savais, y’allait y avoir un truc pénible… Eh non, ils ont de l’encre en avance! Au secours je suis tombé dans un trou du continuum spatio-temporel !

Douzième café, pas le moindre plantage sur la moindre machine et j’ai fini, il est dans les 20 heures, je relance tout de zéro, pour vérifier. Ca démarre, lentement mais ça démarre, la connexion se fait, les partages s’établissent, tout fonctionne et l’on vient même de me glisser discrètement une petite enveloppe, ce qui m’évite l’inconfort de demander ma juste rétribution… Crash course sur la manière dont j’ai installé, o๠trouver quoi et dans quel ordre faire les choses pour ne pas avoir d’ ennui. Non seulement ils ont l’air de comprendre, mais en plus ils prennent des notes. Ces gens sont autres c’est sûr. Vais-je réussir à m’échapper ?

Retour en voiture, le chauffage fonctionne, dehors il gèle, dans l’auto je pourrais confortablement m’assoir en chemise hawaïenne et short à fleurs si c’était mon genre. Mon chauffeur qui sait que je n’ai pas dormi ne m’adresse pas la parole et me laisse gentiment sommeiller durant l’heure de trajet, me dépose devant ma porte. Escalier… Porte, clés, jeter le sac. Dieu que j’ai sommeil. Mais je veux voir quand même si par hasard je ne peux pas saluer rapidement une certaine personne. Ouvrir la session, je me débarrasse de ma veste pendant ce temps là … Hors ligne. Dommage mais tant pis : Morphée, j’arrive !

Fondu au noir, réveil tout à l’heure, café… ai-je refranchi la frontière dans l’autre sens ?

Insomnies

01:00 du matin. Quarante pauvres minutes de sommeil, et le réveil inattendu.

Je tends l’oreille ; était-ce un bruit qui m’a tiré de là ? Non rien, tout est calme.

Je vais me rendormir, tout de suite, parfaitement, tout de suite.
Je me renfonce dans la couette, le sommeil va venir, déjà des pensées vagabondes me traversent l’esprit…

Je change de position… Pfff respire, respire calmement, profondément. Techniques de relaxation, j’essaie de me détendre, muscle par muscle, en commençant par les orteils… Rien à faire… le sommeil fuit le lâche, j’ai beau lui courir après, il se dérobe.

03:00 du matin autant se relever, je ne vais pas dormir de sitôt. Un petit tour en ligne, un bavardave léger dans le chat avec quelques autres naufragés de la nuit, ou bien c’est qu’ils sont sur l’autre rive d’un océan. Quelques plaisanteries échangées, un verre d’eau, deux ou trois cigarettes. Souhaits de bonne nuit, petits messages personnels à des gens apparemment là mais bel et bien ailleurs. Retour au lit…

03:40 Bah, autant prendre un livre et lire quelques pages… Plongeon dans une autre réalité.

05:00 Toujours là . bouquin fini, bon pied bon oeil. En commence un autre…

0X:00 Enfin, plongée.. glissement imperceptible, livre qui tombe.. je dors, enfin. Dernière impression d’éveil : le camion des éboueurs qui passe en contrebas..

Encore une journée de foutue.

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