Le doux visage de la tyrannie

Depuis plusieurs mois, je me tais. C’est une forme de lassitude qui est venue insidieusement, s’est glissée en moi sans que je m’en rende bien compte. C’est qu’on a tous une capacité d’indignation au-delà de laquelle, lorsqu’elle est atteinte, ne reste que la résignation.

A quoi bon en effet s’insurger, tous les jours à propos d’une nouvelle injustice, d’un nouveau scandale ? Le bruit qu’on fait ne sert plus a rien, il ne reste pas d’oreilles pour l’entendre, que ce soit celle de nos représentants, ou celles de nos concitoyens.

Nous sommes entrés dans une période très noire de notre histoire, et lorsque je dis cela c’est en pesant mes mots.

Le nazisme, le fascisme, le stalinisme, le franquisme et autres dictatures du vingtième siècle avaient au moins un avantage : le mal, pur et sans fard, ne se donnait pas la peine de se cacher. Les tyrans, sûrs de leur bon droit, y avançaient sans état d’âme massacrant à tour de bras, emprisonnant leurs opposants, usant de la torture, de la coercition, du meurtre et du génocide comme un moyen, efficace, de contrôler les masses.

Il est vrai que lorsque le moindre écart peut vous conduire à vous faire jeter du haut d’un hélicoptère pour servir de nourriture au requins, ou dans un camp de rééducation par le travail où vous finirez inéluctablement ou presque mort d’épuisement et de faim, vous avez tendance à mesurer vos paroles.

Tous, nous sommes bien heureux de vivre à une période et dans des contrées où ce type de barbarisme n’a plus court. Les occidentaux, dans leur grande majorité on renoncé à massacrer ouvertement leurs contemporains. C’est tant mieux me direz vous. Ouf tout ça est derrière nous et bon débarras !

C’est que, nos gouvernants sont civilisés.. Et quand je parle de nos gouvernants, je n’évoque pas forcément les politiciens. Civilisés, et hautement intelligents. On a bien compris de toutes parts (sauf chez quelques réfractaires) que le génocide c’est inefficace, le meurtre et l’emprisonnement politique assez mal vu dans l’ensemble, et surtout, c’est contre-productif : si on massacre une population on se prive d’une force de travail, si l’on emprisonne sans discernement les opposants, on suscite l’indignation, voire un climat de révolte parmi ceux qui les soutiennent.

Et du reste, pourquoi en effet adopter des méthodes qui n’auront pour résultat au final que de générer davantage d’opposants, de donner du grain à moudre à ceux qui ne sont pas d’accord voire, de leur faire prendre les armes ? Si l’occident désapprouve les méthodes de la junte Philippine, ce n’est pas tant par vertu que parce qu’elle donne un mauvais exemple.

Chez nous (et je parle au sens large des « démocraties » modernes) on a bien réalisé que ces méthodes sont au final plus coûteuses que celles qui se sont mises en places depuis quelques dizaines d’années.

Si l’on veut contrôler la plèbe, point n’est besoin de la battre, il suffit de la décerveler.

Lorsqu’on remplace dans l’esprit commun un idéal de liberté, de croissance de l’individu, d’échanges, de solidarité par une volonté de possession, un triomphe de l’individualisme, un repli sur soi-même ou sur sa petite communauté, on n’a plus besoin de chaînes ou de barbelés. Les chaines sont alors dans les esprits de tout un chacun.

On crée artificiellement des besoins, qui occupent l’esprit de tout le monde, et se garantit ainsi qu’occupé, le peuple ne songera pas à la révolte.

Certes, on sait bien que ça ne suffit pas, il reste toujours une poignée de mécontents. Et à ceux-là on donne aussi du grain à moudre. Loin de limiter comme on pourrait le craindre, la liberté d’expression, on la noie dans le bruit, et tant pis si un scandale gênant surgit de temps à autre, ça ne durera que le temps qu’on l’étouffe sous un bruit médiatique encore plus violent.

Bien sûr il ne sera pas question de tolérer les vrai opposants, ceux qui pourraient gêner le cours des affaires, mais pour ceux là, on pourra toujours créer un délit, les taxer de terrorisme, les piéger d’une façon ou d’une autre et les livrer à la vindicte populaire.

Dans le fond, en France, même si les méthodes de ce gouvernement laissent à désirer, nous avons de la chance : Le petit Nicolas est un maladroit, un énervé, un impulsif, un enfant colérique et capricieux dont l’autoritarisme incontrôlé dessert les buts. Il nous construit gentiment un état policier, à coup de novlangue, de décrets impopulaires, de lois plus ou moins scélérates, bâclées sans vraie réflexion sur leurs effets désirés à long terme.

Nicolas gouverne comme un empereur romain, comme une junte Philippine : il est dans la réaction, pas dans la réflexion. Certes, l’agitation perpétuelle, le sens du « JE fais quelque chose » (pour vos retraites, pour la protection contre les pédonazis, pour la sécurité, pour ..) donne de la matière aux médias mais au fond ce type ne restera qu’une petite tache sans importance dans le cours de l’histoire aussi oublié que le défunt René Coty.

L’influence en revanche des groupement d’intérêts qui le poussent lui et d’autres au travers du monde, elle, ne va pas cesser demain de se faire sentir.

Chez nous, demain ça se traduira probablement par une marionnette plus intelligente aux manettes de la législature, et probablement par l’ablation insidieuse et plus fondamentale de notre capacité de révolte, d’indignation, jusqu’à ce qu’enfin nous tendions volontairement nos poignets aux tyrans pour qu’ils nous enchaînent, et ce après nous être arraché nous-mêmes les yeux et bouché les oreilles.

La dictature camarade, de nos jours elle est photoshopée sur papier glacé, elle crache de l’euro-million en guise de rêves, elle distribue des paillettes éblouissantes sur tes écrans, elle invente tes besoins, elle t’empêche de penser, de réfléchir en parasitant ton « temps de cerveau disponible ».

Et si tu as besoin de t’indigner, ne ‘inquiète pas, il y aura toujours un terroriste, une mère congeleuse de bébé voire, quelle chance, une catastrophe naturelle pour retenir ton attention et exiger de ton député qu’il fasse quelque chose. Ton cerveau, distrait, occupé, n’aura jamais le temps de réfléchir aux raisons qui font que bien que toutes les conditions de ton bonheur soient réunies tu te sentes si malheureux, si inadéquat au fond de toi.

Au soir de ta mort, il ne te restera qu’à regretter alors de n’avoir pas vécu comme Sénèque l’enseignait et d’avoir gâché chacun de tes jours a des broutilles, tandis que se perpétuera sur tes descendants l’emprise des doux tyrans.

2 Comments

  1. natidread · 29 novembre 2010

    waou….j’aime

  2. Nicolas · 1 mars 2011

    Oui… Mais que faire quand la majorité de la population se roule aux pieds de ces doux tyrans…