Le principe de précaution… et ses effets pervers

On vit une drôle d’époque.. Je m’en faisait l’autre jour la réflexion, faite à la fois d’avancées technologiques sans précédent dans tous les domaines et d’une trouille rampante digne des grandes peurs de l’an mil (et accessoirement de l’an 2000) face à ces avancées justement.

Remarquez, l’histoire récente (et un peu moins récente, que les moins de 20 ans me pardonnent) aurait tendance à donner raison à ceux qui préconisent la précaution.. Que ce soir la thalidomide, l’amiante, certaines substances n’ont pas eu que des effets bénéfiques sur l’ensemble de la société, c’est le moins qu’on puisse en dire.

Cependant, il y a un grand pas, qu’à mon avis nos sociétés sont en train de franchir, de la précaution à la frilosité. Qu’il s’agisse d’empêcher les gens de s’établir dans des zones potentiellement inondables, de bioéthique, de dangerosité supposée ou redoutée à tort ou à raison de malades mentaux, l’opinion publique ou plutôt ceux qui professent de la faire et de la défaire, voudrait qu’on applique dans tous les cas de figure possible le principe de précaution, qu’on n’envisage surtout pas la mise sur le marché d’un médicament, d’une substance, au motif qu’on ne connait pas les conséquence qu’elle pourrait engendrer à 10, 20 ans voire deux siècles de là. qu’on ne sait pas si une tempête pourrait frapper telle ou telle zone dans 3 mois ou 3 siècles.

C’est après tout en un sens assez louable. Qui ne voudrait se sentir en sécurité ?… Ah sécurité, voilà le mot qui fâche.. Car au fond ce « principe » n’est que l’expression d’une peur, pire même de la peur d’une chose qui pourrait ne même pas affecter ceux qui l’éprouvent.

L’emmerdement c’est que la peur est un marché.. pour les politiciens qui l’exploitent..( peur de mourir avant de partir en retraite, peur du voisin, du jeune, de l’étranger, du voleur de ton emploi ou de l’incendiaire de ta voiture), pour les médias qui en font leurs choux gras, y compris ceux que j’aurais tendance à considérer comme plus respectables que d’autres.

La peur institutionnalisée, fait vendre, fait voter « dans le bon sens », redonne du peps à une popularité politique déclinante. Qu’on agite le chiffon rouge de l’insécurité, et madame Michu s’empresse de trembler, et d’approuver qu’en haut lieu on se préoccupe d’elle.

Sauf que bien sur en haut lieu, on s’en fout de madame Michu. Ce dont on ne se fout pas c’est de son bulletin de vote, et lui faire peur dans un premier temps, et dans un second temps prétendre « résoudre le problème » à grand effets de manches et d’annonce est une des méthodes favorite des démagogues de tous bords.

Mais ce fameux « principe », n’est pas utilisé que par les politiques, loin s’en faut. Telle association revendiquera au nom du « principe de précaution » qu’on interdise telle ou telle avancée technologique. Pas plus tard qu’il y a quelques mois, les bibliothécaires parisiens se sont mis en grève au prétexte que les spots WiFi leur engendraient des migraines (à mon sens très certainement psychosomatiques) et la mairie de Paris a du reculer leur généralisation.

En son temps, le train aussi a été victime du « principe de précaution ». Nombre de voix s’élevaient contre les vitesses excessives des locomotives (à cette époque on devait tout de même friser le 40 km/h) qui allaient causer des dommages irrémédiables aux passagers.

Le principe de précaution, c’est la peur de l’inconnu, l’expression du repli sur soi, sur le connu. Si l’humanité l’avait appliqué depuis ses débuts dans son ensemble, on en serait encore à bouffer du steak de mammouth au fond d’une caverne confortable (non qu’il n’y ait pas quelque bon sens à désirer une vie simple).

Alors, bien sûr qu’avant la mise sur le marché de tel nouveau médicament, la généralisation d’une technologie, il convient de mener quelques études sérieuses (et indépendantes, parce qu’un tiers payé par ceux-là mêmes qui veulent commercialiser une nouveauté ne rendra jamais un rapport objectif, ou celui-ci sera enterré par le commanditaire) sur les conséquences éventuelles, on ne veut certainement pas revoir des horreurs du type Thalidomide. Mais une fois celles-ci menées honnêtement sans conclusion définitive dans un sens ou dans l’autre doit-on enterrer un progrès simplement parce qu' »on ne sait jamais » ?

1 Comment

  1. Fièvres · 1 septembre 2010

    C’est un vieil articles que je n’avais jamais fini… Voilà qui est fait :)