La Voie Humide de Coralie Trinh Thi au Diable Vauvert

La Voie Humide de Coralie Trinh Thi au Diable VauvertEn fait de voie, c’est une voix que j’ai découvert à la lecture de ce bouquin, une dont la pureté est pour le moins prenante.

Parler de pureté à propos d’une ex-actrice de porno, ça peut prêter à sourire, et pourtant Coralie Trinh Thi, se livre ici sans concession aucune, sans autosatisfaction.

Le sentiment dominant que je retire à la lecture de ce livre, c’est d’avoir entendu quelqu’un se livrer avec la sincérité la plus absolue, ne laissant dans l’ombre ni ses failles, ni ses souffrances ni ses légitimes motifs de fierté.

Le style est fluide, le ton âpre parfois, et je me suis surpris à plus d’une reprise à m’arrêter sur un paragraphe particulièrement touchant et à le relire plusieurs fois d’affilée pour en tirer tout le sel. Je ne parle pas là des nombreuses descriptions à caractère sexuel qui émaillent toute la première moitié du livre, où elle décrit son ascension et sa carrière dans le X. Du reste, toute cette partie n’est pas sans intérêt, bien au contraire, on y découvre un petit monde plutoôt convivial dans l’ensemble, avec des gens admirables et des têtes de noeud (pardon), mais l’essentiel est encore ailleurs : comment cette jeune femme vit et ressent cette ascension, cette notoriété toute neuve, l’incompréhension des uns l’opprobre des autres face à des choix qu’elle a fait en toute conscience et assume pleinement.

On y trouve aussi une critique acerbe des médias, du star system, et des formules qui parfois font redoutablement mouche telles que : «le buzz : une stratégie de promotion de pointe, du marketing sournois consistant à faire courir des rumeurs aguichantes dans des milieux utiles». Ou bien, plus loin, à propos de la promo de Baise-moi le film qu’elle a co-réalisé avec Virginie Despentes (et que je n’ai pas vu, mais ça ne saurait tarder) :

«Les mass media sont des produits de consommation, ils racontent des histoires et créent des personnages, pour vendre de la peur et de la haine.
Mais on appelle cela: l’information. Leur seul but est de générer de l’argent par le jeu des taux d’audience télévisuelle, des publicités, du nombre d’abonnés… Montée de l’insécurité, sectes, drogues, jeux vidéo, tournantes :tout est bon. Chaque année la montagne tue, la mer tue, la piscine tue (!), autant de déclinaisons possibles d’une simplissime évidence : la vie tue. Est-il possible que personne ne leur ait dit cela ? Dans le meilleur des cas, on blame la simple paresse intellectuelle du journaliste qui fait son travail, et non un métier et qui doit rendre un sujet accrocheur dans l’urgence, pour recevoir un salaire. Tristement humain. Dans la majorité des cas, il s’agit de malhonnêteté intellectuelle avérée. La peur fait vendre. Mais on asservit la masse par la peur, et les médias collaborent avec un zèle abject. Le porno pervertit la jeunesse, dégrade l’image de la femme, incite au viol et provoque les tournantes… Tous ces journalistes engagés dans une mission, chiens du censeur et du fasciste, du pitoyable branleur au dangereux manipulateur, qui osent dénoncer la pornographie comme le pire des maux de notre société, ils me donnaient des envies de massacre
»

Pour la petite histoire, j’ai lu le paragraphe qui précède dans le métro le matin en allant au taf, et j’ai poussé quelque chose comme un «Wahouuh ! » retentissant accompagné d’un grand sourire, qui m’a valu quelques regards inquisiteurs de la part de mes voisins de rame…

Mon regret à la lecture de ce livre, est de n’être pas familier avec les arcanes du Tarot, qui en forment l’architecture sous-jacente, et en conséquence une grande partie du symbolisme m’a échappé. Cela dit, ce n’est pas indispensable pour savourer de bout en bout ce livre, où, quelque soit votre sexe, je parie bien que vous pourrez à un moment ou à un autre vous identifier et ressentir les réactions de l’auteur aux expériences qu’elle a vécues.

Allez tiens je vous mache même le boulot : on le trouve à la FNAC pour 19 € et c’est vraiment pas cher payé pour un ouvrage de cette qualité.

et sinon, le myspace de l’auteur http://www.myspace.com/lavoiehumide 

 

4 Comments

  1. Coralie Trinh Thi · 10 janvier 2008

    Charmante attention de m’avoir signalé votre billet, et aucun problème pour les extraits, bien sûr.
    Merci a vous d’avoir pris du plaisir à me lire… et d’avoir envie de le partager.

  2. fievres · 10 janvier 2008

    Pour une fois qu’il y a moyen de contacter un auteur qui m’a ému autrement
    que par le biais de son éditeur, et de lui dire directement ou indirectement dans ce cas,
    combien j’ai aimé son bouquin. Je n’allais pas m’en priver.

    Merci encore 🙂

  3. aline · 15 janvier 2008

    Un petit mot de la belle… Quelle classe cette Coralie !

  4. jaipour · 1 avril 2008

    Cette coralie écrit remarquablement bien et sait également parler (références à ses deux apparitions dans l émission de frédéric taddéi « ce soir ou jamais »)

    Qui est donc cette femme qui sait analyser, tenir tête à une grande sociologue de l’INSERM sur la sexualité des francais, parler du tabou avec discernement et finesse de l’analyse, sans vulgarité et avec classe…? On peut s’attendre à un nouveau livre et s’il était autant romantique que profondément sensuel cette femme marquerait sans doute 2008 comme étant totale et d’épaisseur intellectuelle, une nouvelle juliette récamier, une courtisane intelligente, la réapparition d’une Pompadour pour notre plus grande joie des yeux et de l’envie.